De tout temps, les hommes et les femmes ont migré, que ce soit à l'intérieur de leur pays d'un département à un autre, d'une région à l'autre, de pays à pays, de continent à continent.
Aussi loin qu'on puisse remonter, nous avons pu constater que les hommes se sont déplacés pour manger, gagner des territoires...
Mais essayons de comprendre les migrations internationales d'aujourd'hui.
Serge G, ivoirien de 18 ans, a écrit le 1er juin 2006 à Rabat au Maroc dans "Guerre aux migrants. Le livre noir de Ceuta et Melilla. Le texte s'appelle :
"PARTIR
Si beaucoup ont commencé à nourrir cette idée d'Europe... Cela peut paraître un peu idiot, un peu bête de voir des gens qui à chaque moment, ils apprennent qu'il y a cent morts, deux cent morts
par noyade, mais qui s'en vont. Mais ce n'est pas comme s'ils avaient atteint le parxysme de leur idiotie, c'est du fait qu'ils se disent : "Je suis ici, je fais quoi ? Je deviens quoi ? C'est
difficile les conditions de vie donc je préfère aller risquer ma vie, mourir même, en finir avec ma vie et me retrouver en Europe, là-bas il y a peut-être quelque chose à faire, il y a peut-être
une brique que je peux casser quotidiennement pour gagner un eur ou deux euros..."
Les mouvements de population concernent aujourd'hui toutes les régions du monde. Or, qu'il s'agisse de la décision de migrer, des besoins et des politiques des Etats d'accueil ou encore des
conséquences pour les pays de départ, les dimensions des migrations sont multiples.
On estime qu'environ 192 millions de personnes se trouvent aujourd'hui hors de leur pays de naissance, soit à peine 3 % de la population mondiale, pour un peu plus de 2 % il y a quarante ans. Les
femmes représentent la moitié des migrants (49,6 %).
Les migrants sont inégalement répartis dans le monde : en 2005, environ 62 millions sont allés du Sud vers le Nord, 61 millions du Sud vers le Sud, 53 millions du Nord vers le Nord et 14 millions
du Nord vers le Sud. AInsi, seuls, 54 % des migrants vivant dans les pays du Nord sont originaires du Sud.
Quand aux réfugiés, ils étaient 16 millions en 2007 et 80 % d'entre eux vivent dans un pays voisin, souvent au Sud (1,5 millions de Mozambicains au Malawi, 4,5 millions d'Afghans au
Pakistant et en Iran). L'Europe reçoit 400 000 demandes d'asile par an, qu'elle rejette pour la plupart, en s'abritant derrière le fai qu'il s'agirait en réalité de migrants économiques (80 % de
refus en France entre 1998 et 2005).
Longtemps limités à quelques pays d'accueil et à quelques régions de départ, les mouvements migratoires se sont internationalisés et diversifiés au tournant des années 1980. Aujourd'hui, l'Asie
arrive en tête, devant l'Afrique et les Caraïbes. Le Mexique s'impose comme le premier pays de départ (6 millions d'émigrés), suivi du Bangladesh, de l'Afghanistan puis des Philippines.
Dans la plupart des pays, la proportion de migrants relativement à la population nationale reste modeste : 17,8 % en Océanie, 8,6 % en Amérique du Nord, pour les continents dans lesquels
ces proportions sont les plus importantes. Les étrangers représentent 5,1 % de la population totale de l'Union européenne et 60 % d'entre eux sont installés depuis plus de dix ans. Par ailleurs,
on estime à 5,5 millions le nombre de sans papiers en Europe, ce qui est relativement peu pour 500 millions d'habitants.
Les pays de départ perdent avec l'émigration une partie de leur main-d'oeuvre qualifiée. Cet "exode des cerveaux" se traduit par un manque de personnel de santé et de techniciens et par la perte
de revenu national par le biais de l'impôt. Les transferts d'argent qu'effectuent les migrants sont devenus un facteur essentiel de développement des pays d'origine. D'après la Banque mondiale,
ils ont plus que doublé entre 1995 et 2006 et les migrants seraient la première source de financement extérieur des pays en développement.
Aucun peuple ne peut prétendre avoir toujours vécu au même endroit et les migrations internationales ont toujours été un moteur de changement essentiel, d'évolution économique, sociale et
politique, que ce soit dans les sociétés de départ ou d'accueil. Tous les pays aujourd'hui sont le résultat de la succession de multiples générations d'immigrés.
Au cours des deux derniers siècles, le monde a connu deux grandes vagues de migrations. La "révolution industrielle" a entraîné le déplacement de nombreuses personnes en Europe : exode rural,
développement de l'industrie, construction de routes et de voies ferrées, etc. Entre 1820 et 1920, soixante millions d'Européens pauvres ont émigrés en Amérique. Ils sont 300 000 par an à
embarquer vers le milieu du XIXè siècle et plus d'un million au tournant du siècle. Ces migrants sont d'abord issus du Nord de l'Europe, notamment des îles britaniques puis, vers la fin du
siècle, d'Europe du Sud et de l'Est.
Une deuxième vague de migrations démarre après 1945. La dévastation de l'Europe par la guerre a entraîné le déplacement de un à deux millions de personnes à l'intérieur du continent. La plupart
choisissent de profiter des opportunités offertes par les Etats-Unis, le Canada, l'Australie ou l'Argentine, qui voient là un moyen d'accroître leur population et leur main-d'oeuvre afin de
profiter de l'essor économique de l'après-guerre.
Ains, il n'y a pas soixante ans, l'Europe étgait encore le principal pôle de départ. A l'exception de la France, l'une des plus anciennes terres d'immigration, presque tous les Etats du vieux
continent étaient des pays d'émigration.
Au XXè siècle, l'écart de niveau de vie entre tiers-monde et pays industrialisés se creuse, encourageant les départs du Sud. D'autant plus que les pays du Nord font largement appel, entre 1945
et1973, à une main d'oeuvre immigrée afin de répondre aux besoins du marché du travail en main d'oeuvre non qualifiée ou semi-qualifiée.
En 1974, la récession économique qui a suivi le choc pétrolier a infléchi ces politiques migratoires en réduisant la "demande" de migrants. La plupart des Etats d'Europe occidentale ont mis un
terme aux programmes destinés aux travailleurs migrants. Aux Etats-Unis, en Australie et au Canada, des méthodes de sélection plus restrectives ont été adoptées, marquant le début de
l'"immigration choisie".
A partir des années 1990, les Etats du Nord s'orientent vers des politiques de fermeture. Il est de plus en plus difficile d'obtenir un visa, le statut de réfugié, une carte de résident, etc. Les
"sans-papiers" deviennent alors de plus en plus nombreux et sont victimes de politiques particulièrement répressives.
La plupart des pays du Nord commencent cependant à se rendre compte qu'ils vont rapidement devoir faire face à une pénurie de main d'oeuvre. La population d'âge actif va commencer à décliner dans
un contexte de demande accrue de biens et de services. Ainsi, d'après les Nations unies, l'Union européenne devrait accueillir annuellement jusqu'à 1,6 millions de migrants pour pallier sa faible
croissance démographique.
Pourquoi quitter son pays ? Qui se pose réellement cette question ?
Elites urbanisées, hommes sans qualification, femmes aspirant à une indépendance économique et personnelle, enfants, victimes de persécutions politiques... ce sont des populations
très hétérogènes qui émigrent.