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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 14:19

De tout temps, les hommes et les femmes ont migré, que ce soit à l'intérieur de leur pays d'un département à un autre, d'une région à l'autre, de pays à pays, de continent à continent.

Aussi loin qu'on puisse remonter, nous avons pu constater que les hommes se sont déplacés pour manger, gagner des territoires...

Mais essayons de comprendre les migrations internationales d'aujourd'hui.

Serge G, ivoirien de 18 ans, a écrit le 1er juin 2006 à Rabat au Maroc dans "Guerre aux migrants. Le livre noir de Ceuta et Melilla. Le texte s'appelle :

"PARTIR
Si beaucoup ont commencé à nourrir cette idée d'Europe... Cela peut paraître un peu idiot, un peu bête de voir des gens qui à chaque moment, ils apprennent qu'il y a cent morts, deux cent morts par noyade, mais qui s'en vont. Mais ce n'est pas comme s'ils avaient atteint le parxysme de leur idiotie, c'est du fait qu'ils se disent : "Je suis ici, je fais quoi ? Je deviens quoi ? C'est difficile les conditions de vie donc je préfère aller risquer ma vie, mourir même, en finir avec ma vie et me retrouver en Europe, là-bas il y a peut-être quelque chose à faire, il y a peut-être une brique que je peux casser quotidiennement pour gagner un eur ou deux  euros..."


Les mouvements de population concernent aujourd'hui toutes les régions du monde. Or, qu'il s'agisse de la décision de migrer, des besoins et des politiques des Etats d'accueil ou encore des conséquences pour les pays de départ, les dimensions des migrations sont multiples.
On estime qu'environ 192 millions de personnes se trouvent aujourd'hui hors de leur pays de naissance, soit à peine 3 % de la population mondiale, pour un peu plus de 2 % il y a quarante ans. Les femmes représentent la moitié des migrants (49,6 %).

Les migrants sont inégalement répartis dans le monde : en 2005, environ 62 millions sont allés du Sud vers le Nord, 61 millions du Sud vers le Sud, 53 millions du Nord vers le Nord et 14 millions du Nord vers le Sud. AInsi, seuls, 54 % des migrants vivant dans les pays du Nord sont originaires du Sud.

Quand aux réfugiés, ils étaient 16 millions en 2007 et 80 % d'entre eux vivent dans un pays voisin, souvent au Sud (1,5 millions de Mozambicains au Malawi, 4,5 millions d'Afghans au Pakistant et en Iran). L'Europe reçoit 400 000 demandes d'asile par an, qu'elle rejette pour la plupart, en s'abritant derrière le fai qu'il s'agirait en réalité de migrants économiques (80 % de refus en France entre 1998 et 2005).

Longtemps limités à quelques pays d'accueil et à quelques régions de départ, les mouvements migratoires se sont internationalisés et diversifiés au tournant des années 1980. Aujourd'hui, l'Asie arrive en tête, devant l'Afrique et les Caraïbes. Le Mexique s'impose comme le premier pays de départ (6 millions d'émigrés), suivi du Bangladesh, de l'Afghanistan puis des Philippines.

Dans la plupart des pays, la proportion de migrants relativement à la population nationale reste modeste : 17,8 % en Océanie, 8,6 % en Amérique du Nord, pour les continents dans lesquels ces proportions sont les plus importantes. Les étrangers représentent 5,1 % de la population totale de l'Union européenne et 60 % d'entre eux sont installés depuis plus de dix ans. Par ailleurs, on estime à 5,5 millions le nombre de sans papiers en Europe, ce qui est relativement peu pour 500 millions d'habitants.


Les pays de départ perdent avec l'émigration une partie de leur main-d'oeuvre qualifiée. Cet "exode des cerveaux" se traduit par un manque de personnel de santé et de techniciens et par la perte de revenu national par le biais de l'impôt. Les transferts d'argent qu'effectuent les migrants sont devenus un facteur essentiel de développement des pays d'origine. D'après la Banque mondiale, ils ont plus que doublé entre 1995 et 2006 et les migrants seraient la première source de financement extérieur des pays en développement.

Aucun peuple ne peut prétendre avoir toujours vécu au même endroit et les migrations internationales ont toujours été un moteur de changement essentiel, d'évolution économique, sociale et politique, que ce soit dans les sociétés de départ ou d'accueil. Tous les pays aujourd'hui sont le résultat de la succession de multiples générations d'immigrés.

Au cours des deux derniers siècles, le monde a connu deux grandes vagues de migrations. La "révolution industrielle" a entraîné le déplacement de nombreuses personnes en Europe : exode rural, développement de l'industrie, construction de routes et de voies ferrées, etc. Entre 1820 et 1920, soixante millions d'Européens pauvres ont émigrés en Amérique. Ils sont 300 000 par an à embarquer vers le milieu du XIXè siècle et plus d'un million au tournant du siècle. Ces migrants sont d'abord issus du Nord de l'Europe, notamment des îles britaniques puis, vers la fin du siècle, d'Europe du Sud et de l'Est.
Une deuxième vague de migrations démarre après 1945. La dévastation de l'Europe par la guerre a entraîné le déplacement de un à deux millions de personnes à l'intérieur du continent. La plupart choisissent de profiter des opportunités offertes par les Etats-Unis, le Canada, l'Australie ou l'Argentine, qui voient là un moyen d'accroître leur population et leur main-d'oeuvre afin de profiter de l'essor économique de l'après-guerre.

Ains, il n'y a pas soixante ans, l'Europe étgait encore le principal pôle de départ. A l'exception de la France, l'une des plus anciennes terres d'immigration, presque tous les Etats du vieux continent étaient des pays d'émigration.

Au XXè siècle, l'écart de niveau de vie entre tiers-monde et pays industrialisés se creuse, encourageant les départs du Sud. D'autant plus que les pays du Nord font largement appel, entre 1945 et1973, à une main d'oeuvre immigrée afin de répondre aux besoins du marché du travail en main d'oeuvre non qualifiée ou semi-qualifiée.

En 1974, la récession économique qui a suivi le choc pétrolier a infléchi ces politiques migratoires en réduisant la "demande" de migrants. La plupart des Etats d'Europe occidentale ont mis un terme aux programmes destinés aux travailleurs migrants. Aux Etats-Unis, en Australie et au Canada, des méthodes de sélection plus restrectives ont été adoptées, marquant le début de l'"immigration choisie".
A partir des années 1990, les Etats du Nord s'orientent vers des politiques de fermeture. Il est de plus en plus difficile d'obtenir un visa, le statut de réfugié, une carte de résident, etc. Les "sans-papiers" deviennent alors de plus en plus nombreux et sont victimes de politiques particulièrement répressives.
La plupart des pays du Nord commencent cependant à se rendre compte qu'ils vont rapidement devoir faire face à une pénurie de main d'oeuvre. La population d'âge actif va commencer à décliner dans un contexte de demande accrue de biens et de services. Ainsi, d'après les Nations unies, l'Union européenne devrait accueillir annuellement jusqu'à 1,6 millions de migrants pour pallier sa faible croissance démographique.

Pourquoi quitter son pays ? Qui se pose réellement cette question ?

Elites urbanisées, hommes sans qualification, femmes aspirant à une indépendance économique et personnelle, enfants, victimes de persécutions politiques... ce sont des populations très hétérogènes qui émigrent.


Un grand nombre de migrants partent pour des raisons économiques, mais ce ne sont pas les plus pauvres qui partent les premiers : les migrants représentent par rapport à ceux qui restent une population souvent en meilleure santé, plus instruite, dotée d'un minimum de ressources pour payer le voyage et les frais d'installation. Ils s'appuient sur un réseau familial ou des connaissances installées à l'étranger. Les motifs de migration sont nombreux et non réductibles au seul facteur de pauvreté, quelle que soit son importance. La tradition et la culture jouent un rôle : la migration fait parfois partie du parcours que les jeunes doivent accomplir pour accéder au monde des adultes.
Les migrants ne partent pas seulement pour eux mêmes, mais aussi pour leur famille ou leur communauté : ils envoient de l'argent, pour améliorer les conditions de vie de ceux restés au pays. Les gouvernements des pays d'origine des migrants sont également intéressés par ces transferts de fonds, qui jouent un rôle clé dans leur économie. Par exemple, d'après une étude de la Banque Mondiale, l'argent envoyé par les Maliens de France a contribué à la construction de 60 % des infrastuctures du Mali.


D'autres migrants partent en raison de circonstances politiques. Ils fuient les guerres, les conflits ethniques, religieux, les violations des droits de l'Homme et d'autres situations de ce type. Certains sont immédiatement reconnus comme réfugiés, souvent dans les pays voisins. Les autres deviennent des demandeurs d'asile. Les demandeurs d'asile n'ont pas toujours le droit de travailler, notamment en France, mais beaucoup sont obligés de travailler illégalement pour survivre. Peu d'entre-eux obtiennent ensuite le statut de réfugié ; ceux qui sont "déboutés" de leur demande d'asile deviennent des sans-papiers.

Si le contexte dans lequel ils vivent se dégrade et qu'ils n'ont aucun espoir d'améliorer leur situation, les migrants partiront, de toute façon, au péril de leur vie s'il le faut. Et, dans un tel contexte, les politiques sécuritaires ne font qu'aggraver leur précarité, rendant leur intégration extrêmement difficile.

En France, les contrôles de papiers se multiplient souvent suivis de placement en centre de rétention puis d'expulsions. Cette politique répressive favorise la suspicion, entrave le droit d'asile et le droit de vivre en famille. Les couples mixtes franco-étrangers ont le plus grand mal à se marier et à vivre ensemble. Des parents d'enfants français sont expulsés.

Sans immigrés, plus de services d'urgence hospitaliers, de chantiers, de travaux agricoles saisonniers, ni d'emplois domestiques. Les migrants sont devenus indispensables aux économies du Nord ; travaillant, ils crééent de la richesse consommant, ils créent des emplois en contribuant à accroître la demande de biens et de services.
Pourtant, les conditions pour obtenir un droit de séjour sont de plus en plus restrictives. AInsi, en 2008, l'Espagne a recruté 12000 ouvrières marocaines pour ramasser des fraises, les candidates devaient avoir entre 18 et 40 ans, êtres mariées et mères de jeunes enfants : on était sûr ainsi qu'elles retourneraient au pays une fois la saison finie. Beaucoup sont obligés de rester sans-papiers et les patrons ont tout intérêt à faire appel à cette main d'oeuvre moins coûteuse et moins revendicative. Dautant plus que la Convention internationale sur les droits des travailleurs migrans et de leur famille, considérée comme un texte majeur relatif aux droits de l'Homme, n'était ratifiée que par un quart des membres des Nations unies au 1er janvier 2008, presque exclusivement des pays de départ.


Le Parlement européen a adopté, en juin 2088, la "directive retour" qui prévoit que les étrangers sans papiers peuvent être enfermés jusqu'à 18 mois dans un centre de rétention, y compris des enfants. Cette généralisation de l'enfermement des migrants porte de graves atteintes aux droits des personnes.
Ces politiques alimentent les réactions xénophobes. En Grèce, l'arrivée d'exilés d'Afrique et du Moyen-Orient crée des tensions avec la population locale. En Italie, les agressions envers les Rroms rappellent les émeutes racistent de 2005 en Andalousie. Eternels boucs émissaires, les migrants sont les premières victimes des difficultés économiques et sociales des pays du Nord.
Les migrants acquièrent une connaissance des codes et des valeurs structurant à la fois leur société d'origine et leur société d'accueil. Ils peuvent donc devenir de véritables ponts entre les sociétés. Mais leur présence est trop rarement perçue comme enrichissante, positive, pour la société d'accueil. Et les politiques de fermeture rendent plus difficile la possibilité pour les migrants de garder des liens avec leur pays d'origine. En effet, en gênant la mobilié des étrangers, elle les dissuade de retourner dans leur pays par crainte de perdre leurs droits.

Les politiques restrictives nourrissent le racisme en semant le doute sur la légitimité de la présence des migrants. Il est indispensable de faire évoluer la perception des migrations et onc le discours politique sur celles-ci pour faire comprendre que la fermeture est rarement synonyme de progrès social, et que l'ouverture aux autres peut enrichir les Etats et les sociétés.
Par Dominique - Communauté : Partisans (Parti de Gauche)
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